Le blues du confinement expliqué par un coach

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Le blues du confinement expliqué par la coach Marie-Charlotte Lanta – article de Katia Barillot dans le Marais Mood

Marie Charlotte Lanta est coach, formatrice, auteure de livres qui font du bien et journaliste.

Comment avez-vous vécu cette quarantaine ?

J’ai d’abord accueilli avec sérénité la quarantaine imposée par le Covid 19. Parce qu’elle me rappelait un autre « confinement » : à trente ans je suis partie en voilier avec mon petit ami. Pendant un an, j’ai appris à mobiliser des tas de ressources comme cuisiner avec trois fois rien, coudre, lire un livre par jour, regarder les étoiles et la mer, écouter le vent. Tous mes sens étaient en éveil. J’ai gardé un merveilleux souvenir de cette expérience malgré l’absence de lien social. Bref cela m’a fait grandir. Au début du confinement dû au coronavirus je me suis mise en mode hibernation, j’ai trouvé un rythme contemplatif, plus lent. Et puis à la deuxième semaine un malaise est apparu et j’ai commencé à être très en colère.

Pourquoi étiez vous en colère ?

Parce que je ne supportais pas cette assignation à résidence. J’étais révoltée, puis est arrivée une période d’abattement, une tristesse infinie et à ce moment là j’ai compris que j’étais en train de vivre les cinq étapes du deuil.

C’est à dire ?

Le deuil, c’est-à-dire la perte de quelqu’un ou de quelque chose qui vous est cher, entraîne des cycles particuliers. Et devant un évènement comme celui que nous vivons actuellement, perdre un proche est éminemment violent mais perdre ses croyances, ses rêves ne l’est pas moins même si nous n’en n’avons pas toujours conscience. Dans les deux cas le deuil entraine un effet domino ponctué de déni, colère, marchandage, tristesse et enfin acceptation de ce qui nous arrive, ce qui permet de nous reconstruire.

Racontez-nous !

Perdre ma vie d’avant m’a sidérée. Après le choc est venu le déni. Parce que jusqu’alors je croyais ceux qui nous disaient que le coronavirus n’était qu’une « grippette », que nous n’allions pas changer notre vie pour « si peu », que tout allait revenir à la normale. Quand on prend de plein fouet un traumatisme, le ciel nous tombe sur la tête.

Ensuite est apparue une grande rage, dont je n’ai pas tout de suite pris la mesure. L’enfermement a commencé à m’être insupportable. J’étais furieuse contre ceux qui avaient pris ces décisions que je jugeais liberticides et contraignantes.

Cependant la colère est une bonne énergie. Elle nous met en marche. Du coup j’ai travaillé d’arrache pieds, je me levais à cinq heures pour ranger, faire des pancakes. Mais il faut dépasser sa colère, ne pas la laisser s’installer au risque de se blesser ou de blesser les autres.

Ensuite vient le moment où la culpabilité nous pousse à une sorte de marchandage. Je me disais que j’aurais pu éviter la perte de la vie d’avant (celle où l’on pouvait aller où et quand bon nous semblait, sans grandes restrictions finalement).

Quand on réalise que plus rien ne sera comme avant, que le passé s’est bel et bien envolé alors la tristesse et parfois la dépression nous submerge.

Pour ma part pendant cinq jours j’ai beaucoup pleuré et mes proches se sont inquiétés. Cet afflux de sanglots fait peur d’autant que l’on ne veut pas se montrer sous un mauvais jour. Mais exprimer ce moment de dépression est important. A condition que cela ne dure pas trop longtemps, que ça n’aille pas trop loin (une dépression profonde, idées suicidaires etc.).

J’explique à mes clients que les larmes sont comme une douche de l’âme.

A un moment notre humeur se normalise et l’évocation de « l’objet » de notre deuil est moins douloureux. Cela s’appelle l’acceptation c’est à dire que l’on s’habitue à la disparition de cette personne ou la chose qui nous a été chère. Cette ultime étape permet de se reconstruire, d’aller de l’avant pour avoir de nouveaux projets.

Que tirez vous de cette expérience ?

J’ai perdu une certaine juvénilité, cette croyance que je pouvais être « une enfant gâtée » tout au long de ma vie. Cette expérience m’a aussi rappelé à quel point, pour s’en sortir, il faut puiser dans ses ressources, seul ou quand c’est trop difficile avec l’aide d’un thérapeute. J’ai pu décrypter, assez vite, chacune de ces périodes sûrement parce que c’est mon métier.

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Texte : Katia Barillot

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